Juste le prix, ou le prix juste ?...
C'est la rentrée, le débat sur le pouvoir d'achat est engagé... On parle de baisse des prix pour le consommateur alors que le prix des matières premières agricoles flambe (pour le lait, le blé, le cacao,..). On veut payer toujours moins cher pour des produits de qualité toujours supérieurs. On veut respecter l'Homme et son environnement, on défend les valeurs du Développement Durable jusqu'au jour où on aborde la question du prix... Là, c'est l'intérêt individuel qui prime, on oublie vite en magasin les valeurs qu'on a défendu dans la rue..On se retrouve dans ce débat face à nos propres contradictions, entre la volonté du citoyen de s'engager pour des valeurs et celui du consommateur de trouver toujours moins cher.. Sorte de schyzophrénie que nous vivons tous, entre l'intérêt général et l'intérêt individuel. Non, il n'y a pas que le prix qui nous intérèsse mais aussi ce qu'il y a derrière, ce qu'il garantit. Ne cédons pas à la névrose collective des prix toujours plus bas pour consommer toujours plus. Les valeurs que nous défendons procurent plus de plaisir que la dernière futilité à un super prix.. Il ne s'agit pas de faire la morale, juste de trouver toujours plus de plaisir à consommer vrai, juste et utile.

Oui le prix juste... en effet, et nous nous constatons que sur notre marché, il y a certains acteurs qui commencent à se lancer sur des guerres de prix, en voulant proposer le prix le plus bas, sur un secteur où il ne devrait pas y avoir de guerre de prix! C'est désolant de voir cela. Sur l'écologie, le bio, on représente à peine 0.xxxx % du marché global et certains se permettent de casser les prix!
Est ce que cela a du sens d'avoir du -50% sur du produit commerce équitable ou écologique/développement durable?
Le temps me manque mais j'écrirais bien un billet dessus! En tout cas bravo pour cet article!
Rédigé par: David | 03 octobre 2007 at 11:00
Super ton site ! et bravo pour ton implication dans le commerce equitable ! tu te souviens de moi renaud Lacroix (prépa picpus), n'hésite pas à me recontacter, ça me ferait plaisir de confronter nos experiences d'entrepreneurs. Renaud.
Rédigé par: Lacroix Renaud | 11 octobre 2007 at 15:09
Le prix n'est pas la vraie question lorsqu'il s'agit de développement durable ou de commerce équitable. 100% d'accord !
Mais la réalité de la société actuelle est que peu de personnes peuvent se permettre d'acheter les produits du Commerce Equitable.
Vous me direz, "vous pensez qu’ils sont plus chers ? Pas forcément !". Effectivement, il s'agit peut-être de 5, 10 ou 15 % (et c'est déjà bcp) mais ce comparatif s'applique à des marques leaders du marché déjà bien au dessus, en terme de prix, des marques "économiques" vers lesquels bon nombre de foyers se tournent pour consommer au quotidien.
Vous allez me répondre que paradoxalement ce ne sont pas les plus riches qui consomment le plus "d'équité". D’accord aussi, il suffit de rencontrer les personnes les plus modestes partout dans le monde pour se rendre compte qu'elles ont une vraie culture de l'entraide, de la solidarité et de l'hospitalité, bien plus qu'une majeure partie des personnes les plus aisées au Nord où l'individualisme prime malgré tout, et l'emporte à mon avis rapidement dans le combat schizophrène dont vous parlez.
Cependant sur Terre (en France), le SMIC ne permet pas à un père de 3 enfants de s'éloigner du hard discount. Et encore moins de se rapprocher du Commerce Equitable ! (900 euros – le loyer – les charges – la scolarité des enfants – les transports – etc – etc … = plus grand-chose pour consommer « durable »).
Les achats futiles, tout le monde en fait et de plus en plus, c'est vrai : on n’a jamais acheté autant de téléphones portables (51 millions d’abonnés en France au 31/12/2006). Nous sommes entrés depuis longtemps maintenant dans une course à la consommation, mais suffit-il pour autant de rejeter la faute sur le consommateur en lui disant : « Au lieu d’acheter une console de jeu portable dernier cri, achète plutôt du café équitable ! » ? A qui la faute donc si notre consommateur chamboule la fameuse pyramide de Maslow pour répondre le plus tôt possible à un besoin d’appartenance et se tourner plus vers des produits technologiques, urbains et « communautaires » que des biens de consommation courante ? A la publicité ? aux medias ? autre histoire...
Cependant en prétextant que le prix est un faux débat, on conserve le statu quo en refusant d'imposer à la grande distribution et aux différents intermédiaires (industriels) de rogner sur leurs marges car, s’ils nous assurent qu’ils sont moins chers que leurs voisins, ils ne nous disent certainement pas : « je vais tirer un trait sur une part de mes bénéfices pour proposez un prix abordable pour le consommateur et juste pour mes fournisseurs ». Mais en même temps, ne sommes-nous pas dans une société capitaliste dictée par la quête du profit et la valorisation du capital pour les actionnaires ? Quelque part, on l’a voulue, on l’a eue…
Le produit équitable (et bio) doit être accessible à tous, non pas en baissant la qualité éthique et nutritionnelle du produit, ni en mettant la pression sur les fournisseurs mais en obtenant des « puissants » qu’il se réjouissent d’un compte de résultat à l'équilibre en fin d'année sans courir forcément vers un bénéfice toujours plus grand qui lui, ne profitera certainement pas aux petits producteurs ou aux consommateurs les moins fortunés.
« OUI ! Mais la concurrence ?? je ne dois pas la laisser s’échapper !! Elle ne va pas me faire de cadeau ! » Alors on ne relâche pas la pression sur les petits fournisseurs (déréférencements, négociation extrême des tarifs,…) mais on lance des MDD équitables ou bio en disant aux consommateurs « je vous offre du Commerce Equitable et en plus il est deux fois moins cher qu’ailleurs » et les gens s’y retrouvent (est-ce là la réponse à ce problème de schizophrénie : les MDD ???).
Tant que le système de distribution actuel (enseignes de GMS, industriels, politiques) ne sera pas initiateur d'un vrai changement de comportement à toutes les étapes de la chaîne, les plus défavorisés au Nord ne pourront pas aider leurs homologues du Sud. Et cette exclusion économique subie va à l'encontre de l'objectif : changer le commerce mondial en prouvant qu’un autre modèle économique est viable et bénéfique pour tous...
Il ne s’agit pas là de baisser les prix pour consommer plus mais d’offrir à tous la possibilité de se convertir à une économie et un commerce international solidaire.
Merci à Alter Eco pour votre action qui, au-delà de l’impact direct sur le revenu des producteurs impliqués, nous donne à réfléchir et à remettre en cause sans cesse notre société actuelle. Vous avez un devoir d’agitateur et de transparence ! Comme le disait notre ami Emile Zola : « Une société n'est forte que lorsqu'elle met la vérité sous la grande lumière du soleil ».
Eric
Rédigé par: Eric | 15 octobre 2007 at 17:52